– Interview de Nicolas Le Guen du Service d’aide humanitaire de la Commission Européenne
Kinshasa, le 04 mars 2010 – (D.I.A.) – En RDC, le Service d’aide humanitaire de la Commission Européenne (ECHO) dont l’enveloppe globale pour la RDC s’élève à 45 millions d’euros, soutient de nombreux projets d’assistance aux personnes déplacées pour cause d’exaction du mouvement rebelle ‘Armée de Résistance du Seigneur’. Nicolas Le Guen qui travaille pour ECHO, en tant qu’expert sur le terrain, a répondu aux questions des journalistes de l’Ue, Daniel Dickinson et Cyprien Banyanga à Goma, à l’Est de la RDC où il est basé.
Question: Jusqu’à quel point la recrudescence des attaques de la LRA a-t-elle aggravé la situation humanitaire en RDC ?
Nicolas Le Guen: La situation s’est considérablement détériorée début 2009, suite au lancement des opérations militaires dirigées contre ce groupe armé installé dans le Nord-est de la RDC. Les violences contre les civils s’intensifient en RDC et se sont en train de se propager au Sud Soudan et en République Centrafricaine. Personne ne sait exactement combien sont ces rebelles mais on estime qu’ils sont toujours plusieurs centaines.
Ce que nous savons, c’est qu’ils opèrent en petits groupes dans ces trois pays, attaquant et terrorisant les communautés locales, forçant un grand nombre de personnes à fuir leurs villages. Ces attaques de la LRA interviennent dans un contexte local où les défis structurels étaient déjà considérables.
Q: Combien de personnes sont concernées ?
NLG: Dans l’est de la RDC, environ 320 000 personnes ont fui les attaques de la LRA ces dernières années (principalement en 2009) et vivent maintenant loin de leurs maisons. Les exactions commises par ce groupe sont d’une barbarie sans précédent : en décembre 2008, 1 000 civils congolais ont été massacrés à Faradje dans le district du Haut Uélé, évènement qui a marqué une intensification des violences envers les populations hors de l’Ouganda. La LRA est également réputée pour mutiler ses victimes, pour ses viols et pour la destruction des biens matériels des populations. L’enlèvement fait partie intégrante de leur mode opératoire. Sur ces deux dernières années et principalement en 2009, on estime qu’environ 656 enfants et 1 140 adultes ont été kidnappés par La LRA, beaucoup d’entre eux sont forcés de prendre les armes. Ce climat de violence a profondément traumatisé les populations de cette région.
Q: A quel point est-il difficile de fournir l’aide humanitaire en RDC?
NLG: L’accès humanitaire est aujourd’hui fortement réduit en raison de l’insécurité et de la qualité des infrastructures routières. L’acheminement de l’aide aux populations vulnérables, aide alimentaire, soins de santé, besoins non alimentaires etc. requiert d’importants moyens logistique et matériel. Il résulte de ces conditions et de l’enclavement des populations déplacées des coûts ainsi que des risques élevés.
Q: Comment aidez-vous les personnes concernées?
NLG: J’ai récemment visité Ndedu dans le district du Haut Uélé, à l’extrême nord-est de la RDC, à proximité des frontières ougandaises et soudanaises. À l’origine, Ndedu est une petite ville d’environ 15 000 habitants. La peur et la volonté de fuir les exactions de la LRA ont conduit plus de 7500 personnes à trouver refuge dans cette localité. Ces nouveaux arrivants représentent bien évidemment une charge supplémentaire sur les ressources et services locaux, soins de santé et approvisionnement en eau notamment. ECHO a clairement identifié ces besoins et est en train d’apporter une réponse, en collaboration avec nos partenaires, Oxfam GB et Medair. Des progrès ont été réalisés permettant d’améliorer l’accès aux soins et l’approvisionnement en eau potable pour l’ensemble de la population de Ndedu. De nombreux puits et de nombreuses sources d’eau sont actuellement en construction.
Q: Les besoins humanitaires ne vont-ils pas augmenter puisque le conflit continue?
NLG: Tant que le conflit perdure, il est plus que probable que les besoins humanitaires persistent. C’est à la communauté internationale et aux gouvernements concernés de poursuivre les efforts pour la résolution de ce conflit. ECHO ne joue aucun rôle politique, notre mandat est purement humanitaire; nous continuerons donc d’aider les populations touchées par le conflit, indépendamment des avancées ou non sur la scène politique.
L’accès limité aux personnes et les conditions précaires des services de base rendent chaque jour les besoins humanitaires plus conséquents.
Q: Etes-vous optimiste pour les gens de l’Est de la RDC?
NLG: La population de cette région vit des situations extrêmement traumatisante, mais certains évènements leur permettent de garder une attitude positive. A Ndedu, j’ai rencontré une famille déplacée, trois de leurs enfants avaient été enlevés par la LRA dans la localité de Banda. Leur fille a malheureusement été tuée, mais les deux garçons ont eux été libérés après huit mois de captivité. Certaines familles se regroupent et à Ndedu elles ont accès à des soins de santé gratuits et à l’eau potable. Ce soutien doit leur permettre de repenser à demain.
La situation humanitaire dans le Nord-est de la République Démocratique du Congo se détériore suite à une recrudescence des attaques menées par l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA), groupe rebelle originaire d’Ouganda, basé depuis plusieurs années déjà dans la Province Orientale. Depuis que ces marginaux sévissent dans la région, on estime à plus de 320.000, le nombre de personnes déplacées, à 1.396 le nombre de personnes tuées et à 1.796 personnes enlevées dont 656 enfants. (Agence catholique D.I.A. www.dia-afrique.org ) |